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Le TGV de la route

Contre un supplément de 358 800 euros, ce qui porte le tarif du nouveau pur-sang de Bugatti à 1 674 000 euros, quelques privilégiés peuvent désormais goûter à la conduite au grand air de la Veyron lancée fin 2005. Ce tarif salé similaire à celui d’un appartement familial parisien situé dans les quartiers huppés se justifie t-il ? Produit en série limitée à 150 unités et de manière artisanale à Molsheim, en Alsace, ce cabriolet deux places de tous les superlatifs relève plus de la grande orfèvrerie que de l’automobile. La tolérance d’ajustement des éléments de carrosserie est limitée à 2/10e de millimètres. Du jamais vu ! « Avec la Veyron, jamais un constructeur n’avait poussé le niveau de qualité et d’excellence aussi loin », confirme Pierre-Henri Raphanel, l’ex pilote de F1 reconverti en  essayeur-ambassadeur de la marque. « C’est une voiture hors du temps. Chaque Veyron sortant de l’usine se soumet à un test de vérification à haute vitesse sur circuit fermé et sur route avec le fond plat, les roues, la direction et les sièges des véhicules d’essai. L’hiver, si la neige empêche de mener ces essais en Alsace, un camion achemine les véhicules sur un aéroport loué du côté d’Avignon ».

Cette Veyron distille des sensations inconnues jusqu’ici sur la route et plutôt réservées au monde de l’aéronautique. Avec sa puissance de 1 001 ch et sa vitesse de pointe supérieure à 400 km/h, la Veyron Grand Sport constitue sans conteste la voiture de route la plus extraordinaire jamais produite. Et sans doute la dernière. Marquant l’apogée d’un genre automobile, la Veyron Grand Sport fait véritablement figure d’extraterrestre sur la route.
Pour conserver les exceptionnelles qualités routières du coupé, les ingénieurs n’ont pas hésité à renforcer la structure en recourant abondamment au carbone et à ajouter des fenestrons au pare-brise allongé. Si la prise de poids se limite à 100 kilos, la rigidité baisse tout de même de 60 %. Volant en mains, s’en apercevoir revient à  chercher une épine dans une botte de foin. Vous l’aurez  compris, les ressources inépuisables feront plier le conducteur. Le 16 cylindres en W gavé par quatre turbos réserve des accélérations supersoniques. A vous plaquer au fond du siège baquet. Véritable formalité, le 0 à 100 km/h est avalé en 2,7 secondes. Et comptez moins de 17 secondes pour atteindre 300 km/h. Grisantes, ces performances vous donnent en permanence l’impression d’évoluer entre ciel et terre. Mais, nul besoin d’envoyer l’aiguille du compteur de puissance à 1 001 ch pour que la Grand Sport livre une conduite pétillante.

Cheveux au vent, il suffit d’effleurer la pédale d’accélérateur pour savourer les vocalises inimitables du W16, mélange de la sonorité d’une turbine et d’un percolateur. Quel que soit le rapport engagé de la boîte à double embrayage à 7 vitesses, la Veyron affiche des reprises hallucinantes sous l’effet des 1 250 Nm de couple constants de 2 200 à 5 000 tr/mn. Monstre parfaitement docile à un rythme de promenade, la Veyron se transforme en catapulte lorsque les quatre turbos sonnent la charge. Il faut alors redoubler de concentration car le paysage défile comme dans un TGV et les voitures que vous rattrapez donnent l’impression de faire marche arrière ! Heureusement, les freins en carbone-céramique veillent au grain pour redescendre sur terre. Plus que les accélérations foudroyantes, on reste fasciné par la facilité de conduite de ce bolide parfaitement abouti. La suspension absorbe les irrégularités de la route sans se départir du confort d’une limousine. Rouler en Veyron Grand Sport impose toutefois quelques concessions. L’espace dévolu aux jambes du conducteur est exigu et le pédalier décalé requiert une certaine adaptation.
Le toit en polycarbonate transparent doit être laissé à la maison si l’on veut voyager à l’air libre. En cas de pluie, le coffre avant contient une capote de secours de 4,5 kilos conçue comme un parapluie et s’arrimant à la structure. De toute façon, le possesseur d’une GrandSport n’est pas du style à s’aventurer sur les routes si les prévisions météorologiques laissent planer le moindre doute.

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